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Le Journal Des Bonnes Nouvelles

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Au Caire, le graffeur El Seed rend un hommage monumental au « peuple des poubelles »

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Ses « calligraffies », mélanges de calligraphie arabe et de graff, déroulent toujours sous leurs volutes, en apparence abstraites, un sens caché : des citations choisies en fonction des lieux, de leur histoire et de leur identité. Avec sa dernière œuvre, l’artiste de rue El Seed a poussé son geste à une échelle inégalée, donnant au passage une visibilité internationale à un quartier mal considéré du Caire.

 

Le 15 mars, ce Français d’origine tunisienne, âgé de 34 ans, révélait sur des réseaux sociaux son tour de force : une anamorphose recouvrant près de cinquante immeubles, et visible dans son intégralité seulement en prenant de la hauteur, de la colline qui lui fait face. Les mots de cette pelote de graff, où les morceaux épars se recomposent alors : « Si quelqu’un veut voir la lumière du soleil, il faut qu’il se frotte les yeux. » Une citation d’Athanase d’Alexandrie, évêque copte du IIIe siècle, grande figure du christianisme antique, qui résume l’objectif d’El Seed : « mettre la lumière » sur la communauté copte organisée autour de la gestion des déchets de la ville.

« Dans mon nouveau projet, Perception, je questionne les jugements et les idées fausses que la société peut avoir, inconsciemment, sur une communauté, en se basant sur les différences. Dans le quartier de Manchiet Nasser, au Caire, la communauté copte de Zaraeeb collecte les ordures de la ville depuis des décennies et a mis au point le système de recyclage le plus efficace et le plus rentable au niveau mondial. Et pourtant, cet endroit est perçu comme sale, il est marginalisé et tenu à part. » Comme ses habitants, les zabbalines (« ramasseurs »).

Un écosystème mis en place dans les années 1940, lorsque Le Caire s’est développé, et qui est monté en puissance dans les années 1980, devenant un véritable « tube digestif » urbain où les déchets de la ville sont rassemblés après collecte pour être triés. Y vivent quelque 65 000 personnes, majoritairement de religion chrétienne copte. La vie s’y est dégradée à partir de 2003, année où les autorités, sous le régime de Hosni Moubarak, ont décidé de confier la gestion des déchets à de grandes entreprises internationales.

« L’idée était de rationaliser le système et de mieux desservir les quartiers pauvres, négligés par les zabbalines. Puis, au printemps 2009, prenant prétexte de l’épidémie de grippe A (H1N1), le gouvernement a organisé l’abattage des quelque 300 000 cochons des zabbalines. Or, les animaux se nourrissaient des matières organiques triées par les ramasseurs. Ces deux mutations ont bouleversé leur situation », expliquait en 2010 un reportage du Monde.

Ce, malgré des performances exceptionnelles en termes de recyclage : « [Le taux] obtenu par les différentes sociétés privées atteindrait de 2 % à 8 %, contre près de 80 % pour les zabbalines », résumait encore le journaliste Hervé Kempf. En 2013, néanmoins, face à l’inefficacité des collectes officielles, la ville faisait marche arrière sous la houlette du ministère de l’environnement et du syndicat des zabbalines, afin d’officialiser enfin le travail de quarante-quatre entreprises de collecte locales, impliquant la main-d’œuvre de mille familles.

El Seed rend hommage aux membres de cette communauté de l’ombre, vus comme des parias. « On leur a donné le nom de “Zabaleen” (“le peuple des poubelles”), mais ce n’est pas ainsi qu’ils s’appellent eux-mêmes. Ils ne vivent pas au milieu des déchets, mais vivent des déchets ; et ce ne sont pas leurs déchets, mais ceux de la ville tout entière. Ce sont eux qui nettoient la ville du Caire », écrit l’artiste sur son compte Facebook.

L’aventure aura demandé une année de préparation à l’artiste et près d’un mois de travail en équipe sur des nacelles suspendues à travers tout le quartier. Une immersion qu’il qualifie d’« expérience humaine exceptionnelle » avec les habitants, qui ont soutenu ce projet artistique inédit en Egypte. L’opération est restée confidentielle tout au long de sa réalisation « pour être sûr que tout se passe bien », dans cette ville qui tolère mal l’expression artistique dans les rues.

El Seed a documenté les différentes étapes de son avancement par morceaux, façon teaser, sur les réseaux sociaux. A l’issue du projet, le 17 mars, il s’est expliqué sur ce travail lors d’une conversation avec Glenn D. Lowry, le directeur du MoMA de New York, à la foire d’art contemporain Art Dubai.

 

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