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Le Journal Des Bonnes Nouvelles

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En Egypte, Zap Tharwat, le rappeur qui aimait les femmes

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Le rugissement de sa moto précède le noctambule qui se fait attendre. Déboulant finalement à 2 heures du matin, Ahmed Tharwat, alias Zap Tharwat, pose son casque incrusté de têtes de mort sur une table avant de saluer les quelques jeunes techniciens insomniaques d’Axeer, la boîte de production qui signe ses clips vidéo. A 29 ans, ce Cairote, Jordanien de naissance, est devenu l’un des rappeurs les plus adulés d’Egypte, en particulier grâce à ses chansons dédiées à la cause des femmes.

Si dans la musique égyptienne, les chansons consacrées à la gent féminine ne manquent pas, celles qui traitent de leurs droits se cantonnent au registre évasif de l’hymne à l’égalité. En abordant les discriminations et le harcèlement sexuel dans toute leur crudité, Zap Tharwat s’est rapidement distingué sur la scène musicale nationale.

« Je suis venu au hip-hop par intérêt pour les problématiques sociales plus que par amour des grosses basses », déclare franchement ce grand gaillard adepte de la musculation. Entre son regard joueur, un petit rictus ponctuant ses phrases et un balancement des mains qui tient de la chorégraphie spontanée, Zap Tharwat parle comme il rappe, avec un phrasé incisif mais suave.

« J’ai choisi le rap surtout comme un moyen d’expression et une manière d’éviter la variété arabe qui se cantonne au thème de l’amour, explique-t-il en caressant sa barbe soigneusement taillée. Depuis l’enfance, j’ai toujours été interpellé par les injustices. J’ai grandi à Medinet Nasr, un quartier de la classe moyenne du Caire. Comme la plupart des jeunes Egyptiens, j’y ai passé mes soirées, installé avec des amis près d’un koshk », ces minuscules kiosques qui font office d’épiceries sur les trottoirs du Caire.

Dans un pays où le harcèlement de rue (taharosh, en arabe) confine à l’infamie nationale, le titre « Min Al-Sabab » (« qui est responsable ? »), en duo avec la chanteuse Menna Hussein, sorti en 2014, constitue une accusation en règle de toute la société égyptienne. La scène se passe dans un bus cairote. « Je me suis rendu compte que tout le monde se trouvait une justification et une manière ou une autre de se défiler. Au départ, je voulais même appeler cette chanson “Tu es responsable” pour pointer du doigt chaque personne, en particulier les médias, qui portent une lourde responsabilité de la mauvaise image de la femme égyptienne. »

« Un garçon se lève quand il voit une fille bien élevée/Allez, on se lance, c’est une proie, on commence la chasse

Quoi qu’on fasse, elle va pas se plaindre/Le plus sage participe en parole.

Même si ses mots blessent, il dit comme tout le monde/Dans cette situation humiliante, tout le monde se tait

Ceux qui voient, ceux qui entendent et ceux qui montent à Al-Hussein.

Tout le monde se tait sur le trajet, ne fait que regarder/Ça rend triste, ça donne mal au cœur que tout le monde trouve ça normal

L’un fait semblant d’être distrait, l’autre écoute dehors

Tout est normal si tout le monde est d’accord

Si tout le monde est d’accord, la trahison est normale

Et on accuse de tous les maux les filles et leurs familles

Pourquoi on est d’accord et on se tait ? C’est toujours ma question.Dans chaque foyer, il y a une histoire qui n’a pas été racontée à cause de la gêne.

Dans chaque foyer, il y a une jeune fille chérie qui voit le lendemain avec peur.Qui est responsable si un jour, la trahison touche tous les foyers ?

Qui est responsable quand la jeune fille crie qu’il n’y a pas de solutions ? »

Son propre rapport aux femmes, Zap Tharwat refuse en revanche d’en faire étalage, concédant juste, dans un large sourire, avoir cumulé nombreuses conquêtes par le passé. « Aujourd’hui mon quotidien est très sage, ajoute-t-il, un brin provocateur. J’aime vivre la nuit mais ne passe pas mon temps dans les bars. Lorsque je ne travaille pas en studio d’enregistrement, je fais de la muscu à la salle de sports ou je m’occupe de ma moto dont je prends soin comme si c’était un membre de ma famille. »

Aux jeunes Egyptiennes qui voudraient en savoir plus, attendent de lui des confidences qui pourraient tenir lieu de conseils aux hommes contre lesquels elles ont tant de récriminations, l’idole nationale du rap dit « ne pas savoir quoi répondre ». Ses chansons sont des manifestes et parlent pour lui. Il esquive d’un constat : « J’estime simplement que, dans la société, la femme constitue notre moitié. »

Son dernier tube « Nour », en duo avec l’actrice Amina Khalil, devenu un véritable hymne fin 2016, ridiculise les clichés machistes sur le travail, la place des femmes dans la famille et dans la société. La chanson, au flow mélodieux et généreux, a récolté plus de 10 millions d’écoutes sur Soundcloud et est reprise en chœur par les jeunes filles comme les garçons lors de ses concerts.

Mais l’empêcheur de harceler en rond aime à se définir d’abord comme cinéphile plutôt que mélomane, parce qu’avant tout il « aime raconter des histoires ». Ses clips à la lumière soignée sont construits comme des courts-métrages et portent une dramaturgie forte et pleine d’empathie. Ce travail d’intimité entre sa musique, volontiers enveloppante, son rap rageur mais suave et l’image est presque devenu une obsession. « Je suis avant tout préoccupé par mon art. Je me demande en permanence : qu’est-ce que je pourrais dire à la société ? Comment va-t-elle recevoir ce titre ? Avant tout, je veux toute l’Egypte écoute ces messages, pas seulement les femmes qui sont directement concernées. »

 

 

 

 

 

 

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